Liam Gallagher – Le Rock British en Parka

Après deux albums honnêtes chez Beady Eye, Liam Gallagher lance une carrière solo avec son album As You Were.

J’écoute les mêmes artistes depuis des années. Je ne connais pas grand chose mais ce que je connais, je le connais bien. Et je connais bien Liam Gallagher. J’ai grandi dans les années 1990 avec Oasis. Quand j’ai découvert (What’s The Story) Morning Glory?, j’ai tout de suite compris que le groupe allait faire partie de ma vie. Vingt ans plus tard, ça n’a jamais été aussi vrai.


Retour aux sources en (presque) solitaire

Je ne suis pas tout de suite rentré dans As You Were. Il m’a fallut deux ou trois écoutes avant de m’immerger sincèrement dans ce qui est proposé par l’album. Ça n’est ni génial ni révolutionnaire mais c’est d’une honnêteté indéniable. Les influences sixties que l’on connaît de Liam sont là et le disque lui ressemble. C’est un album bien foutu qui ne changera sans doute pas l’histoire mais que je reçois comme un hommage sincère au rock anglais, monté au fil des décennies par des lads ambitieux et talentueux de la classe populaire. Dans l’album je ressens aussi bien la jeunesse désenchantée de Liam dans les bas-fonds de Manchester que son expérience de rock star au sommet sous la bannière d’Oasis.

Je ne vais pas faire une analyse morceau par morceau d’As You Were. Sans surprise ni déception, l’album s’équilibre bien entre morceaux rock’n’roll et balades british qui font la marque des Gallagher. Et Liam est indéniablement un Gallagher. Il manque du bagage technique et de l’expérience de son frangin pour être un songwriter totalement autonome et reconnu mais il a des idées. Il ne s’en cache pas, il n’a pas écrit l’album tout seul. Il s’est entouré de compositeurs et de producteurs qui l’ont aidé à sortir les harmonies et les mélodies qu’il avait dans la tête. On ne lui enlèvera pas ça, il a l’humilité d’accepter ses faiblesses et s’est sagement entouré en conséquence. Le talent de Liam Gallagher, c’est la scène. Il possède une vista qui ne s’apprend pas. Quoi qu’on en dise c’est un frontman d’une qualité rare. Son charisme est là et je n’oublierai jamais les deux fois où j’ai vu Oasis en live. Il est arrivé en roulant des épaules avec une dégaine de merde et la salle est devenu folle. Une présence hypnotique. Je n’avais jamais vu un mec à frange fringué en parka kaki attirer aussi naturellement l’attention sur lui.


Du rock sans bullshit

As You Were condense tout ça mais le propose avec un grain de sagesse qui témoigne des quarante-cinq piges de Liam Gallagher. Ça peut sembler peu mais pour quelqu’un qui est sorti adolescent des brumes de Manchester pour traverser plus de vingt ans de vie en studio et sous les projecteurs du monde entier, ça représente un paquet d’aventures. Si je prends tout ça en compte, l’album me fait l’impression d’une sorte de bilan apaisé de ce que Liam a toujours représenté : un rock 100% british contenant très peu de bullshit. On sent clairement qu’il aime chacun des morceaux qu’il a choisi de mettre sur l’album et en interview comme en live, il porte son projet avec un mélange d’assurance et de fierté qui fait plaisir. Il se cale à fond dans son fauteuil et parle de son expérience au calme, sans empêcher son accent de bouffer la moitié de ses mots. Il fait son trou tranquillement sans nier sa nostalgie de l’époque Oasis. De bonne guerre, lorsqu’on lui demande de parler son frère, il se contente de l’injurier mollement en interview ou sur les réseaux sociaux quand il doit répondre à une agression pas fair play. Un fair play qui aurait disparu une nuit où, ado et bourré, il aurait pissé sur la sono de Noël par flemme de se traîner jusqu’aux chiottes.


Un Liam à maturité

Beaucoup pourraient dire que Liam Gallagher est un personnage arrogant. Et sur plusieurs aspects c’est certainement justifié. Il a tendance à se mettre un peu trop à l’aise et il jette des regards de branleur à la caméra dans ses clips. Ok, c’est difficile à nier. Mais c’est en partie ce que j’aime chez ce type. Il est authentique. Et quand on prend la peine de l’écouter vraiment, on se rend rapidement compte qu’il raconte souvent des choses intéressantes. C’est un mec plein de bon sens, certes brut de décoffrage mais qui ne jouera jamais la carte de la mesquinerie ou de l’hypocrisie. Liam est droit dans ses pompes. On peut ne pas l’aimer mais il ne cherche pas à tout prix à plaire. Son retour sur scène avec As You Were m’a fait l’effet d’une renaissance. Sa voix, sans être ce qu’elle était au début des années 1990, est mieux contrôlée. Il a troqué son tambourin pour des maracas et, sur ses derniers lives, il montre une barbe grisonnante qu’on aurait voulu voir beaucoup plus tôt ! C’est un Liam arrivé à maturité que j’ai plaisir à découvrir avec ce premier essai en solo. Si, fidèle à ses origines, il garde toujours un pied fermement ancré dans Oasis, il semble décidé à aller de l’avant et à montrer au monde qu’il a toujours un rôle de premier plan à jouer dans la paysage rock britannique des années à venir.

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