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Top/Flop ciné : les 28 films qui ont fait 2016

2016, année charnière pour le cinéma ? Si la formule paraît facile, voire galvaudée, elle ne cache pas moins derrière elle deux réalités. La première est que de Stranger Thingsencensé par MenraW cet été – aux retours de X-Files et Black Mirror en passant par Westworld, la saison 2 de Narcos ou The Walking Dead, ce sont les séries, et son grand pourvoyeur Netflix, qui ont fait l’actualité tout au long de l’année, bien plus que le cinéma, dont la place médiatique semble se réduire d’année en année aux simples blockbusters.

Des blockbusters qui n’ont pas seulement déçus, mais, et c’est nouveau, déchaîné sur eux un torrent de haine sans précédent, à l’image des deux productions DC de l’année, Batman v Superman et Suicide Squad, conchiés sans ménagement par tous les haters dégénérés des Interwebs. Et si ces deux superproductions ultra-calibrées ne sont certainement pas des grands films – ni même des bons films, voir plus bas – ils ne méritaient certainement pas ça. Surtout lorsque l’on se penche un peu sur la genèse foireuse de ces deux projets quasiment destinés à l’échec. Une fois n’est pas coutume, je renvoie ceux qui souhaitent approfondir le sujet aux deux critiques du Fossoyeur de Films, disponibles ici et , qui réussit une nouvelle fois très bien à replacer ces films dans un contexte global, en l’occurrence moisi à bien des titres.

Je ne vous referai pas cette année ma litanie de l’an passé, pour la simple et bonne raison qu’elle est toujours parfaitement d’actualité. Tentez, expérimentez, tenez-vous à l’écart des bande-annonces, osez aller voir un film sans ne rien en connaître, bref donnez-vous la chance d’être surpris !

Cette intro maintenant derrière nous, attaquons les chiffres. 68 longs métrages vus dans les salles obscures en 2016 (New Record !), seize perles sélectionnées pour le Top de 2016 (bravo à ceux qui suivent), onze bouses consignées dans un Flop et, entre les deux, un bon paquet de films non retenus avec plus ou moins de déchirement. Parce qu’on ne se refait pas, les amateurs de cinéma français ne trouveront encore une fois que peu de matière à se mettre sous la dent dans les lignes qui suivent, là où les amoureux du pays du matin calme seront aux anges. Ne nous voilons pas la face, 2016 ne fut pas une grande année cinématographique, mais il y avait tout de même largement de quoi se faire plaisir.

Attachez votre ceinture et relevez votre tablette : décollage imminent pour la planète cinéma.

Top 16

16/ Spotlight, de Tom McCarthy

 

Prenez une sombre histoire de prêtres pédophiles, ajoutez-y une poignée d’avocats véreux, mélangez le tout dans une ville empreinte de puritanisme comme Boston, saupoudrez d’un casting cinq étoiles au top (Michael Keaton, Mark Ruffalo, Rachel McAdams, John Slattery, Stanley Tuci), enrobez avec le réalisateur du très beau The Visitor, enfournez, et vous obtenez Spotlight. Une ode au Journalisme avec un grand J, en quête des vraies vérités qui dérangent. Et puis, voir des gens intéressants faire bien leur travail, ça a ce je ne sais quoi de fascinant.

15/ Paterson, de Jim Jarmusch

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La monotonie et la banalité du quotidien, passées à la moulinette du grand et mélancolique Jim, forcément il en ressort quelque chose de beau, de tendre et de poétique. Dans le sens premier du terme d’ailleurs. Personnification d’une ville morne qui ne peut que ressasser ses glorieuses heures passées – les personnalités qu’égraine une à une le patron du bar dans lequel se rend chaque soir le « héros » – Paterson est un chauffeur de bus sans histoire, aspirant poète sans volonté de publication. C’est sa naïveté, et la candeur de sa petite amie Laura (Golshifteh, je t’aime) qui rendent ce que beaucoup pourraient prendre comme un voyage au bout de l’ennui si touchant et émouvant.

14/ Julieta, de Pedro Almodóvar

 

Les années passent, mais Pedro Almodóvar nous rappelle que pour faire un bon film, il faut pouvoir compter sur des personnages solidement écrits et qui ont quelque chose à raconter. Ici, un nouveau drame familial – comme souvent chez l’Espagnol – où ce qui est dit et montré importe au moins autant que ce qui ne l’est pas. Avec, en prime, l’un des plus beaux cuts de l’année grâce à une serviette rouge que l’on n’est pas prêts d’oublier.

13/ Rogue One: A Star Wars Story, de Gareth Edwards (II)

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Un an après un épisode VII fade et impersonnel qui tentait sans grande réussite de nous faire ressentir les mêmes frissons qu’avec la première trilogie, Rogue One parvient enfin à nous offrir ce frémissement qui nous parcourt l’échine à la simple vue d’un destroyer impérial ou au son d’un fameux respirateur artificiel. La grande réussite de ce premier spin-off ne réside pas tant dans une galerie de personnages tantôt caricaturaux, tantôt oubliables mais bien dans son ambiance crépusculaire digne d’un Empire Contre-Attaque. Une atmosphère sombre et pesante qui repose entièrement sur les épaules de plus en plus carrées d’un Gareth Edwards qui prouve, après Monsters et Godzilla, son penchant très prononcé pour le gigantisme et les jeux d’échelle. Surtout, il redonne vie au plus grand méchant de l’histoire du cinéma, le temps d’une scène aussi glaçante que jouissive. Qu’elle s’annonce ardue la tâche de Rian Johnson de succéder à pareil talent !

12/ The Nice Guys, de Shane Black

 

La parenthèse Iron Man derrière lui, l’ami Shane Black est revenu en 2016 à ce qu’il sait faire de mieux pour ce qui n’est finalement que sa troisième réalisation : un buddy movie loufoque en complète roues libres, alimenté par un tandem de choc débile et attachant. Le bras cassé – au sens littéral du terme – Ryan Gosling, presque à contre-emploi, complète à merveille le gros bras Russell Crowe, le long d’une quête dont on se fout éperdument, du moment qu’elle nous offre son lot de situations absurdes et de dialogues ciselés. Avec, en prime, le charme fou des années 1970.

11/ Manchester by the Sea, de Kenneth Lonergan

 

Alors que l’ascension vers les sommets hollywoodiens du grand frère ne semble plus soumise à aucune limite, on en oublierait presque le benjamin de la fratrie Affleck. Ayant opté pour une carrière résolument plus indé que Ben – malgré quelques incursions chez Nolan et le Soderbergh des années fastes – Casey crève l’écran en prolo écorché vif, qui a paradoxalement besoin de la mort de son frère pour reconnecter avec ce qu’il lui reste de famille. Porté par des choix de montage qui font mouche et une interprétation d’ensemble sans fausse note, Manchester by the Sea parvient à trouver le bon équilibre entre moments dramatiques pesants – pour ne pas dire angoissants – et instants de légèreté rafraîchissants. Et ce, sans jamais verser dans le mélo à l’eau de rose. Une sacré performance d’écriture.

10/ Hacksaw Ridge, de Mel Gibson

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Le coup de la vie, le poids de la mort, l’omniprésence de Dieu, le don de soi – voire le sacrifice ? – comme seul objectif : la dernière réalisation de Mel Gibson, dix ans après Apocalypto (!), joue la carte de la surenchère à tous les étages pour faire passer son message puritain et pacifiste. Et le pire, c’est que ça marche. Mais ça, vous le savez déjà si vous avez jeté un œil à ma critique sur le sujet. Dans le cas contraire, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

9/ Merci Patron !, de François Ruffin

 

Face à la toute puissance du Capital, incarné dans ce documentaire par un Bernard Arnault sans peur, ni scrupule, ni reproche, François Ruffin, le gauchiste le plus redouté du CAC 40, joue la carte de la lutte pacifique, avec l’objectif simple et pourtant ambitieux de redonner du travail à un couple de Picards au chômage, victimes d’un énième plan de restructuration, passé inaperçu aux yeux d’un grand public lassé de devoir regarder la misère sociale dans les yeux. Une phrase beaucoup trop longue, pour résumer ce film bien moins alambiqué, mais pourtant tellement malin. Au-delà de contempler ce qui a plus ou moins donné naissance au mouvement Nuit Debout, transparaît la joie intérieure de voir se jouer devant nous le petit manège de la lutte des classes pour tous, avec le porte-parole du Capital dans le rôle du couillon de service. Un régal.

8/ The Red Turtle, de Michael Dudok de Wit

 

Passé complètement inaperçu au début de l’été, la dernière production Ghibli, qui est aussi le premier long-métrage du Néerlandais Michael Dudok de Wit, est pourtant un petit bijou de tendresse. Dénué de toute parole le long de ses 80 minutes, La Tortue Rouge nous fait passer par tout le spectre des émotions, à l’image de ce satané reptile que l’on déteste tant dans les premiers instants, avant de s’incliner devant sa majesté. On en ressort avec le cœur ragaillardi, comme porté par le poids de ses vies qui viennent de défiler devant nous. Même au milieu de nulle part, même lorsque l’on s’y attend le moins, l’amour et la beauté peuvent toujours surgir. Une leçon naïve à laquelle il fait parfois bon croire.

7/ Toni Erdmann, de Maren Ade

 

Un joli foutoir que ce Toni Erdmann. Durant 2h40 – oui, c’est long – Maren Ade brasse une pelletée de thèmes, qu’elle parvient pourtant à traiter avec une justesse désarmante. Que se passe-t-il lorsqu’un personnage complètement étranger à notre mode de vie, en l’occurrence le père d’Ines, femme d’affaires allemande exilée à Bucarest, débarque à l’improviste au beau milieu de notre quotidien, et chamboule toutes nos certitudes ? Franchement hilarant par moments, beaucoup plus grave dans d’autres, mais toujours loufoque, Toni Erdmann est un éléphant bourré et sans gêne, qui piétine une à une toutes les conventions sociales, frappant toujours juste là où on ne l’attend pas.

6/ The Revenant, d’Alejandro González Iñárritu

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The Revenant a tout pour agacer. Les envolées malickiennes d’Iñárritu. Les grognements à n’en plus finir d’un DiCaprio toute bave dehors. L’incapacité pathologique de Tom Hardy à articuler plus d’une syllabe sur douze. Et pourtant, il fascine, subjugue, transporte, de ce plan-séquence d’ouverture dantesque à ce regard caméra final qui a tant fait parler, et dont votre serviteur a encore aujourd’hui bien du mal à trouver une interprétation qui tienne la route. Loin des mélopées christiques que certains ont pu déceler, le Mexicain nous peint au contraire un tableau tout en nuances de gris, teinté de rouge sang, dans lequel les Hommes sont les seuls maîtres de leurs actes, face à une Nature plus hostile que jamais, sublimée par l’une des plus belles photos de l’année.

5/ La Loi de la Jungle, d’Antonin Perejatko

 

Non ma bonne Dame, l’humour absurde à la française n’est pas mort. Avec Antonin Perejatko, il pourrait même avoir trouvé son nouveau fer de lance. Le pitch de son dernier film en quelques mots ? Marc Châtaigne, stagiaire au ministère de la Norme se rend en pleine jungle guyanaise pour superviser la création d’un projet de piste de ski artificielle. Un prétexte comme un autre pour propulser Vincent Macaigne dans un de ses rôles de paumés au grand cœur qui lui vont si bien, en compagnie d’une Vimala Pons parfaite en Lara Croft tricolore, la queue de cheval et les holsters en moins. Doté d’un humour idéalement équilibré, oscillant entre le complètement con et le beaucoup plus subtil – avec quand même une petite préférence pour le premier – La Loi de la Jungle joue à fond la carte du douzième degré. Et ça, au milieu de la trouzaine de comédies tricolores sociales et/ou lourdingues qui oublient qu’une simple idée de départ, surtout foireuse, ne fait pas un film. Ça fait drôlement plaisir.

4/Mademoiselle, de Park Chan-Wook

 

Trois ans après une incursion hollywoodienne un peu faiblarde, Park Chan-Wook prouve qu’il sait toujours jouer avec notre cerveau et les récits à tiroirs, avec cette histoire de servante coréenne plus maligne qu’elle n’en a l’air, cherchant à s’emparer de la fortune d’une riche japonaise avec l’aide d’un escroc qui a de la suite dans les idées. Un triangle (amoureux ?) au cœur du film, jusqu’à en dicter sa structure, elle-même source de rebondissements. Forcément, chez le réalisateur d’Old Boy, tromperie, jeux de cache-cache, et manipulation sont omniprésents, se mélangeant à un érotisme tantôt malsain, tantôt jubilatoire. Une douce sucrerie, à savourer avec délectation.

3/ Jodorowsky’s Dune, de Frank Pavich

 

– Je vais faire le plus grand film de tous les temps ! Une adaptation du Dune de Frank Herbert, avec Mick Jagger, David Carradine, Orson Welles, Dalí, Amanda Lear, mon fils dans le rôle du héros, Pink Floyd à la musique, Moebius et les deux mecs qui créeront ensuite l’univers d’Alien à la création graphique !
– OK, t’es gentil Alejandro, mais il est carrément expérimental ton projet, comment tu comptes vendre ça ?
– C’est simple, on va créer un gigantesque livret de plusieurs centaines de pages, entièrement story-boardé à la main. Personne n’a jamais fait ça, les studios font se jeter à nos pieds.

C’est effectivement ce qui aurait du se passer. Mais le Dune d’Alejandro Jodorowsky n’est pas le grand film jamais sorti pour rien, et le Chilien oubliait un seul petit détail. Alejandro Jodorowsky lui-même. Personnage fantasque et imprévisible, c’est bien lui qui faisait tant peur aux majors, plus habituées à manipuler une petite bande de faiseurs malléables qu’à ce gourou complètement perché. Jodorowsky’s Dune raconte toute cette histoire. Et bien plus encore. Car là où le docu de Frank Pavich aurait pu tomber dans la complainte et la dénonciation facile, il préfère se focaliser dans un second temps sur tout ce qu’a laissé derrière lui ce projet maudit, auquel tant d’œuvres doivent la vie. C’est une symphonie en l’honneur de l’audace, de la pure création, et de ce qui finit immanquablement par en découler. Une goutte d’espoir dans un océan de conformisme.

2/ Arrival, de Denis Villeneuve

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Mais qui peut stopper Denis Villeneuve ? Après le thriller (Prisoners), le drame psychologique (Enemy) et le policier (Sicario), le nouveau prodige du cinéma nord-américain livre son quatrième long métrage en quatre ans, s’aventurant sur des terres encore inexplorées pour lui, celles de la science fiction. Et quitte à abuser de formules faciles, pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. En choisissant de rejouer la scène vue et revue de l’invasion extra-terrestre sur le plan de la communication pure – comme l’avait fait Rencontre du Troisième Type avant lui, merci MenraW pour la référence – Villeneuve prend le parti d’une SF lente, sans scène d’action mais avec une ambiance qui n’en est pas moins pesante, oppressante, comme cette présence alien jusque là pacifique qui pourrait à tout moment devenir agressive. Un propos soigné pour une forme qui ne l’est pas moins – la scène de la première rencontre est tout simplement sublime – le Canadien jouant avec brio avec les codes du montage pour brouiller notre perception de l’espace temps. Et soudain, ce Blade Runner 2049, suite du chef d’oeuvre de Ridley Scott dont on lui a confié la réalisation, à débarquer le 4 octobre prochain, fait beaucoup moins peur.

1/ The Strangers, de Na Hong-Jin

 

Mais s’il fallait n’en retenir qu’un, alors ce sera le plus dément, le plus difforme, le plus halluciné, le plus audacieux de tous. The Strangers, c’est un mélange des genres improbable et pourtant diablement cohérent, à un petit égarement et quelques longueurs près. Alors au lieu de m’épancher dans une avalanche de superlatifs, je vous laisse (re)lire tout le bien que j’en avais pensé l’été dernier, pile au moment où sortait en salles le numéro 3 du second classement ci-dessous. L’art du contre-pied, ça se cultive.

Mention spécialeThe Assassin de Hsiao-Hsien Hou

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Probablement le film le plus beau et le mieux mis en scène de cette année 2016 – pour une fois qu’une affiche dit la vérité. Jeux de lumière et de transparence, cadrages, sens du mouvement, décors, costumes : tout est au service de l’image, pour offrir une composition d’ensemble à tomber par terre. En revanche, si quelqu’un a capté quoi que ce soit au scénar’, qu’il m’envoie un ffffffax.

Flop 11

11/ Warcraft, de Duncan Jones

 

Je comptais sur ce film pour me faire entrer dans un univers complètement inconnu, moi qui n’ai jamais posé ni clavier ni souris sur aucun des titres de la série – allez-y défoulez-vous. M’étant tenu complètement à l’écart de toute critique et d’avis sur le film, par total désintérêt, pour paraphraser un projet d’article à quatre mains avec MenraW qui ne verra jamais le jour (snif), mes attentes étaient totalement nulles. Insuffisant néanmoins pour me convaincre du résultat. Bien vite, je me suis fait bombarder dans tous les sens de noms de personnages, de lieux et de concepts qui manquaient clairement d’explicitation pour le profane que j’étais, et que je suis donc toujours. Un départ compliqué qui ne m’a pas vraiment aidé à rentrer dans un film qui, mise à part une scène vue de dessus plutôt bien troussée, m’en a globalement touché une sans faire bouger l’autre. Chapeau bas toutefois à la modélisation 3D des Orcs. De sceptique, je suis bien vite passé à entièrement convaincu du résultat. D’autant que les passages les mettant en scène sont de loin les plus intéressantes. Pas de quoi me convaincre d’aller voir la suite pour autant.

10/ The Shallows, de Jaume Collet-Serra

 

Un paysage somptueux, quelques plans superbes, la plastique de Blake Lively sous à peu près tous les angles, mais un retour en arrière de 40 ans au niveau du film de requin, avec un squale plus intelligent que le Professeur Xavier et un appétit pour la chair fraîche encore plus prononcé qu’un étudiant américain au début du Spring Break. Et on vous passe le portrait de l’autochtone local, qui n’est visiblement bon qu’à se bourrer sur la gueule sur la plage avant de chercher à se tirer avec toutes les belles possessions du gentil occidental. Je crois bien que le surf, c’est définitivement pas mon truc.

9/ Hail, Caesar!, de Joel & Ethan Coen

 

Qu’elles sont difficiles à lire ces dix dernières années du côté des frères Coen. Capables d’alterner le bon (True GritInside Llewyn Davis), voire le très bon (No Country for Old Men) avec le passable (Burn After Reading), voire l’anecdotique (A Serious Man), Joel et Ethan ont sombré en 2016 du côté obscur de leur filmographie. Tous les éléments coen-ien sont pourtant dans ce Hail, Caesar! : un casting de rêve, un pitch de base plutôt loufoque, de multiples parties impliquées. Pourtant, on peine à s’intéresser à la vie de cet homme à tout faire du Hollywood de la grande époque. Les personnages défilent sous nos yeux les uns après les autres, sans que l’on ne parvienne véritablement à s’attacher à aucun d’entre eux. On frôle même par moment l’auto-caricature. Dommage pour un couple qui peut nous séduire à tout moment par son simple talent d’écriture.

8/ Assassin’s Creed, de Justin Kurzel

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Autre adaptation vidéoludique, autre flop. Comme quoi, les studios ont beau mettre cette fois directement la main à la patte (après Blizzard, Ubisoft), le résultat peine toujours autant à convaincre. Le problème de ce premier (et dernier ?) credo de l’assassin sur pellicule, c’est sa personnalité bipolaire, comme un Desmond en petite forme qui ne saurait plus dans quel monde il évolue. Globalement respectueux du matériau de base, notamment lors des scènes durant l’Inquisition espagnole, le film nous sert un Animus tout craqué, à mille lieux de l’original, pour des raisons évidentes de dynamisme certes, mais auquel on a bien du mal à croire. De même, il nous déroule un scénario correct dans sa première partie, avec un héros ambiguë, paumé, avant de nous balancer à la tronche une fin aussi vite expédiée qu’une conclusion de philo au Bac S. Et puis je vous mets au défi de trouver la moindre scène de combat correctement mise en scène. La shaky cam a encore de beaux jours devant elle.

7/ Elle, de Paul Verhoeven

 

Si l’objectif numéro 1 de Elle est de mettre son spectateur mal à l’aise, alors le pari est rempli haut la main. D’une Isabelle Huppert en réalisatrice à succès de jeux vidéo d’heroic-fantasy – mais qu’est-ce que Styx vient faire dans cette galère – à Laurent Lafitte en pervers violent adepte des jeux de domination – oups, spoiler – à Virginie Efira en dévote catho, le dernier Verhoeven multiplie les pistes pour nous faire comprendre que, vraiment, quelque chose ne va pas. Dialogues, situations, réactions des personnages, interprétation d’ensemble : le malaise s’insinue partout. Autant dire les 2h10 de films paraissent bien longues. Ça doit ressembler à ça un après-midi devant Touche Pas à mon Poste.

6/ Batman v Superman: Dawn of Justice, de Zack Snyder

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Vous avez vu la bande-annonce ? Elle vous a plu ? Bon, d’abord essayez celle-là et, si la réponse est non, ne cherchez pas plus loin. Vous avez déjà tout vu. Littéralement, tout. Ah, et si vous vous posez toujours la question, oui Superman saigne.

5/ Legend, de Brian Helgeland

 

Rarement l’envie de quitter la salle avant la fin ne m’aura autant titillé que devant cette purge. Même Inherent Vice ne m’avait pas ennuyé à ce point. Ce n’est que par devoir envers vous chers lecteurs que je suis resté vissé à mon siège – non sans multiplier les facepalms et autres serrements de mâchoires – pour vous offrir un compte-rendu aussi objectif et détaillé que possible : Legend, c’est chiant à mourir, parce que mal écrit, parce que beaucoup trop long, parce que je suis à court de raison pour avoir tenter de l’effacer de mon esprit. En un mot comme en cent, c’est nul.

4/ Independence Day: Resurgence, de Roland Emmerich

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Le même film qu’il y a vingt ans, mais vingt ans après. Du coup ça a vachement mal vieilli. Des questions ?

3/ Suicide Squad, de David Ayer

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Critiquer Suicide Squad en plein mois de janvier 2017 c’est un peu comme tirer au lance-pierres sur une ambulance qui s’est déjà pris plusieurs rafales de kalachnikov, trois tirs de mortier, deux roquettes de bazooka, une salve de lance-flammes, et qu’on aurait abandonné dans la zone industrielle de Dunkerque un dimanche où Michel Drucker reçoit Didier Barbelivien : ça ne sert à rien, et ça fait même un peu pitié. Et puis qu’est-ce que j’irais faire dans la zone industrielle de Dunkerque un dimanche alors que je pourrais être tranquillement sur mon canap’ en train de regarder Michel Drucker recevoir Didier Barbelivien ?

2/ Star Strek Beyond, de Justin Lin

 

Vous voulez échapper au service militaire rendu à nouveau obligatoire avec la victoire de Marine 2017 ? En tout juste deux heures, Star Strek Beyond vous garantit une perte de six à huit dixièmes à chaque œil, pour le simple prix d’un ticket de cinéma. Ses scènes d’action illisibles et son montage épileptique à la truelle vous assurent un résultat deux fois supérieur à Man of Steel – on vous rembourse si vous trouvez pire ailleurs. Peut également servir à déclencher une forte migraine doublée d’une nausée grâce à son scénario indigent, ses raccourcis d’écriture et ses rebondissements prévisibles. À ne pas utiliser chez la femme enceinte où l’enfant de moins de dix ans. Une application suffit.

1/ Ghostbusters, de Paul Feig

 

L’idée n’était pas entièrement mauvaise. Quitte à faire un reboot de Ghostbusters – qui a, par endroits, quand même pas mal vieilli visuellement soyons honnêtes – pourquoi ne pas opérer une refonte complète du casting, avec une nouvelle équipe 100% féminine ? Pourquoi pas, en effet. Sauf que l’audace s’arrête là. Car pour le reste, cette version 2016 ne tente pas mieux qu’un copier/coller éhonté du scénario d’il y a 30 ans. Pire, les rares moments d’originalité se vautrent entre ridicule et foutage de gueule grandeur nature, déposant leur immonde slime vert sur l’héritage de la série. Dans un souci d’expliquer chaque point de détail – véritable cancer de la pop culture des années 2000 – le film perd tout spontanéité, toute magie. Le logo si reconnaissable qui a toujours été là sans que personne ne se demande pourquoi ? Ni plus ni moins que le dessin d’un graffeur tout ce qu’il y a de plus random fait à la va-vite sur un mur du métro new-yorkais. En terme d’icônisation, on repassera. Les caméos s’enchaînent, tous plus patauds et insérés au chausse-pied les uns que les autres. La palme de la vomissure revenant à celui de… Bill Murray himself, transformé en sceptique le temps de deux scènes, avant de se faire défenestrer par un spectre sans autre forme de procès. Mais que représentent toutes ces tares face au véritable problème du film : Pas. Une. Vanne. Ne. Fonctionne. Que dire si ce n’est que c’est affligeant de bêtise et outrageusement premier degré. Pauvre Harold Ramis. Si tu m’entends, je ne te souhaite qu’une chose, c’est de ne pas te retrouver à hanter cette pellicule du diable. Et dire que ce navet t’est dédié…

Voilà, c’est tout pour 2016, et c’est déjà pas mal. Vous pouvez dorénavant reprendre une activité normale. Dans les salles obscures et ailleurs, je vous souhaite une bonne année 2017. Et surtout n’oubliez pas,

Vive le cinéma !

Crédits photos : allocine.fr

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