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Stallone, Van Damme et Schwarzy, les Vrais Héros des années 1980-90

Le cinéma d’action dans les années 1980 et 1990 est dominé par trois colosses. Ensemble, Jean-Claude Van Damme, Sylvester Stallone et Arnold Schwarzenegger forment la sainte trinité d’acteurs à l’origine de ma passion pour les films de bagarre, et plus généralement pour le cinéma. Bien sûr, il y en a d’autres. Pour être exhaustif, je devrais citer Bruce Willis, Mel Gibson, Steven Seagal, Chuck Norris ou pourquoi pas Dolph Lundgren mais non. Si j’ai vu leurs films, ces derniers me parlent tout simplement moins. Je me concentre donc ici sur les acteurs qui ont posé les premiers leurs valises sur le perron de mon imaginaire alors en pleine gestation.

Une grande partie de mon patrimoine culturel s’est sans doute joué entre mes dix et quinze ans, dans la pénombre du salon familial. Je pourrais résumer une grande partie de mon enfance par une longue série de dimanches et mercredis après-midi passés en pyjama, enroulé dans une couette Bibifoc devant Rocky, Cavale Sans Issue ou Last Action Hero. Une armoire à cinq étagères, chacune occupée par deux rangées de VHS usées par d’innombrables rembobinages. Des cassettes ré-étiquetées cinq ou six fois avec les moyens du bord. Quelques enregistrements sur bobine mal gérés qui coupent à dix minutes de la fin du second film – pour moi Terminator 2 s’est longtemps arrêté au moment précis où le T-1000 explose. Les mêmes films encore et encore. Lorsque l’on me demandait, à l’époque, quels étaient mes acteurs préférés, je répondais du tac au tac : Van Damme, Stallone et Schwarzenegger.

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« Seuls ces trois acteurs parviennent à me replonger en enfance avec autant de force et de sincérité. »

Bien sûr, avec le temps, mon top a changé. Non pas que j’ai renié ces trois géants qui ont allumé la mèche de ma passion pour le cinéma au cours de ma pré-adolescence, mais plutôt que je me suis mis à voir autre chose. J’ai commencé à mesurer la valeur d’un comédien à la crédibilité de son jeu, plus que via l’impact émotionnel brut qu’un de ses films produit sur moi. Certes, JC, Sylvester et Arnold ne sont pas des génies du bluff mais, quoi qu’on en dise, leur jeu est très loin d’être mauvais et leur présence à l’affiche suffit toujours à éveiller en moi une véritable émotion. Seuls ces trois acteurs parviennent à me replonger en enfance avec autant de force et de sincérité. Aucune chanson, aucun livre ou aucun plat de grand-mère n’atteindra avec autant de puissance et de précision le gamin qui est en moi. Mes madeleines de Proust, c’est le mulet frisé de Chance Boudreaux dans Chasse à l’Homme, n’importe quelle scène de Cliffhanger ou la géniale bagarre de fin de Tous les coups sont permis.

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« J’aurais aimé pouvoir reconnaître le génie de Vertigo et pourtant préférer L’Effaceur. »

Ce fan inconditionnel de films d’action des années 1980-1990, je l’ai pourtant perdu depuis longtemps. Durant mes études, j’ai pris d’autres idoles. J’ai adoré Robert De Niro, Al Pacino et Daniel Day Lewis et, plus tard, j’ai compris le talent de types comme Leonardo Di Caprio. J’ai même doucement appris à aimer de vieux acteurs français comme Pierre Fresnay, Jean Gabin ou Michel Simon. Dans ce processus, j’ai, sans vraiment les oublier, mis Stallone, Schwarzenegger et Van Damme en état d’hibernation.

J’imagine que prendre pour références des comédiens et des oeuvres approuvés par les savants du milieu est nécessaire pour gagner en crédibilité lorsque l’on entame des études de cinéma. Il y est, par exemple, strictement interdit de s’enthousiasmer sur Le Grand Tournoi. Le film d’action y est directement relégué au rang d’œuvre de divertissement sans intérêt, voire parfois de merde pure et dure. Il convient ainsi, à partir de la fac de se refaire une culture dite ‘de qualité’. Qu’importe que l’on se fasse chier devant du Bergman, que l’on trouve que Godard c’est lourd ou que Citizen Kane c’est pas si fou, il faut se prosterner devant les maîtres. Il faut allonger des copies doubles bien proprettes sur les qualités avant-gardistes du cinéma réaliste italien et son impact sur la culture européenne de 1950 à nos jours. Il faut apprécier la narration complexe des films d’Alain Resnais ou montrer en quoi le cinéma russe des années 20 a révolutionné la technique. Et je ne le nie pas, tout ceci est vrai et ces connaissances sont nécessaires à une lecture sans doute plus juste du cinéma d’hier et d’aujourd’hui. Ces œuvres maintenant intellectualisées par les universitaires sont, pour beaucoup, à la base de nombreux progrès cinématographiques – voire même parfois de beaucoup de progrès sociaux dans leur pays d’origine – mais la question n’est pas là. La question est de, malgré tout, pouvoir donner à Schwarzenegger, Stallone et JCVD une place d’honneur crédible dans les revendications culturelles de tout un chacun. J’aurais aimé pouvoir reconnaître le génie de Vertigo et pourtant préférer L’Effaceur.

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« Je poserai encore et toujours Rocky dans le peloton de mes meilleurs films de tous les temps »

Maintenant, il semble que le mouvement dit ‘geek’, qui tend à se populariser depuis quelques années, parvienne parfois à faire sortir ces références du tombeau et à leur redonner de l’éclat. Je remercie, à ce titre, fort sincèrement des mecs comme Karim Debbache qui défendent avec émotion Jean-Claude Van Damme dans leurs vidéos. En fait, peut-être que ceux que l’on présente de nos jours comme geeks sont pour beaucoup des gens d’une trentaine d’années dont les dimanches après-midi ont été marqués par les high kicks de JCVD, Stallone et Schwarzenegger. Leur voix d’adulte et le crédit qu’on y accorde permet peu à peu de redorer le blason d’un cinéma d’action trop souvent méprisé.

Les enfants fans de Kickboxer et Bloodsport sont maintenant des darons et des daronnes avec une culture ciné déjà bien formée. Ils ont vu et aimé énormément de films appartenant à énormément de genres. Et le fait que les films d’action old-school et leurs acteurs emblématiques souvent moqués aient encore une place de premier plan dans leurs revendications culturelles prouve qu’à cette époque, le cinéma d’action a produit quelque chose de fort, au moins au niveau émotionnel. Il me paraît aujourd’hui nécessaire de redonner une vraie légitimité à cette passion enfouie pour les films de baston de mon enfance. Quoi qu’on en dira, je poserai encore et toujours Rocky dans le peloton de mes meilleurs films de tous les temps, je ne laisserai personne dire du mal d’Arnold en ma présence et je défendrai l’immense Jean-Claude contre vents et marées. Je troquerai volontiers tous les brunchs dominicaux du monde pour un dernier après-midi en pyjama avec mon magnétoscope, ma télé cathodique et ma couette Bibifoc.

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« Maintenant, peut-être que cette passion pour le cinéma d’action d’époque n’est que pure nostalgie »

Enfin, impossible d’aborder le sujet du film d’action à l’ancienne sans mentionner The Expandables. Stallone rend clairement hommage au cinéma d’action qui a fait de lui une star internationale en invitant tous ses pairs à la fête dans une bobine-mémorial totalement assumée. Malheureusement, si l’idée est louable, elle arrive, pour moi, beaucoup trop tard. Il y a vingt ans, j’aurai été le plus heureux des gosses devant un truc pareil. J’avais même souvent rêvé d’un chef d’œuvre d’action qui combinerait tous les pontes du milieu. Mais pour moi, la magie n’y était pas. Le fait d’en faire une saga par la suite a achevé mes espoirs de voir mes idoles ressusciter dans un fracas de poudre et de directs au foie. Néanmoins, j’ai paradoxalement trouvé mon bonheur dans Creed qui accepte de me servir un Stallone vieilli. Un passage de flambeau certes imparfait mais d’une troublante sincérité. Aux antipodes des rides sur-maquillées qui ne dupent personne, on me montrait Rocky tel qu’il est quarante ans plus tard. Stallone s’y montre tel qu’il est ajourd’hui. Éternel champion du ring, enfin vaincu par les années mais gagné par une certaine forme de sagesse.

Maintenant, peut-être que cette passion pour le cinéma d’action d’époque n’est que pure nostalgie. Peut-être que ce cinéma me permet simplement de me re-blottir l’espace de deux heures dans la chaleur du canapé familial. Lorsque je revois chacun des films cités plus haut, mon regard dépasse de loin les contours de l’écran. Chaque scène, chaque musique, chaque punch-line résonne à l’infini dans ma mémoire comme autant de points de passage entre le coton d’un hier fabulé et le béton d’un aujourd’hui bien réel. En somme, ces films sont autant de fenêtres qui donnent sur une enfance qui, quelque part, me manque. Ils me permettent de toucher du bout des yeux le gosse qui, fiévreux, manquait l’école, restait en pyjama, fermait les volets et se rêvait héros.

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