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Punch Club – Pizzas, Bagarre et Coupes Mulet

19h. Je me réveille, minable. La tâche est colossale. Une migraine infâme occupe l’intégralité de mon cerveau visiblement aviné, mon T-shirt gît au pied d’Ernest (mon ficus), et j’ai à l’évidence tenté de me faire des pâtes tôt ce matin. Pourtant, impossible de retracer précisément le cours des événements. Comment et à quelle heure suis-je rentré chez moi ? Tel Guy Pearce dans Memento, je demeure bien con au milieu du produit d’insaisissables fantaisies nocturnes dont je suis l’auteur et que j’ai pourtant oubliées. Un café noir et une promenade rapide sur l’internet mondial me rafraîchiront l’esprit. Dans la journée, Facebook s’est rempli de photos de gens partis se recentrer sur l’essentiel dans un pays exotique où la vie est meilleure et les gens authentiques. Je suis frappé par la vérité de leurs propos et mon admiration atteint des proportions galactiques lorsque que je lis – un peu honteux pour moi – leurs posts riches de sens, doublés dans un anglais d’usage parfaitement maîtrisé. Malheur ! Que n’ai-je pu être, moi aussi, un explorateur bilingue assoiffé d’exotisme et de rencontres sincères ? Les réseaux sociaux sont de trop grande qualité pour mon esprit modeste, je lance Steam dans l’espoir de diluer mon chagrin mérité dans une séance de gaming à volets fermés. À ma grande surprise, je constate qu’on m’a offert un jeu ! Curieux, je lis le texte qui accompagne l’offrande virtuelle.

« Punch Club : The Dark Fist – Entraînez-vous, livrez des pizzas, cognez des alligators, trouvez l’amour et hissez-vous jusqu’au sommet ! Bienvenue dans Punch Club, le jeu de gestion de carrière de boxeur qui vous permettra de choisir votre propre voie à la recherche de l’assassin de votre père. »

C’est oui ! Il s’agit à l’évidence d’un simulateur de bagarre avec de fausses affiches de Rocky, des Crocodiles Ninjas et des gitans des années 90 ! La vidéo de présentation est parfaite. Nous y sommes. Le monde est visiblement prêt à accueillir l’œuvre vidéoludique ultime, la Mona Lisa du jeu vidéo. C’est donc lourd d’une grosse responsabilité que je lance une partie et nomme mon personnage : Paulie. Le game démarre. Je dors sur mon canapé quand un coup de téléphone me réveille. C’est Frank ! Il souhaite que j’arrête de glander tel un gros sac et que je trouve du travail. Poli, je m’exécute après quelques pompes et une pizza surgelée histoire de me mettre en forme. Puis, confiant, je prends la route pour un chantier qui embauche afin de me faire quelques thunes, quand je me fais prendre en embuscade par un biker obèse armé d’une batte de baseball. Refusant nonobstant de lui céder le peu de blé que je conserve farouchement au fond du larfeuille, je l’invite à goûter à mes poings musclés. Un demi round et deux coups de matraque plus tard, je suis au tapis, enduit de honte et de mon propre sang. Ces coquins de développeurs m’avaient donc préparé un match impossible à gagner ! Une filouterie peu honorable qui me donne pourtant l’occasion de tomber sur Mick, un vieux briscard du ring qui se propose de me donner un coup de main après avoir décelé dans mon humiliante défaite un potentiel certain. Il me recommande immédiatement à son pote Silver, le gérant du gymnase voisin dans lequel je passe dès lors tous mes après-midi à lever un maximum de fonte et à tabasser un pneu de tracteur avec une masse de chantier.

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« Il m’apparaît clair que je ne m’épanouirai qu’à travers la sainte voie du muscle mongole »

Je m’oriente directement vers une tactique de combat basée sur la brutalité. Des trois statistiques à ma disposition, seule la force est digne de mon intérêt. En bon fan de Balboa, il m’apparaît clair que je ne m’épanouirai qu’à travers la sainte voie du muscle mongole. Et ainsi se déroule mon premier combat ! Au cours du premier round, ma stratégie s’avère payante puisque très vite mon adversaire chancelle sous le lourd assaut de mes pralines de déménageur. Je tape lentement et touche peu mais chaque coup qui porte lui met littéralement la colonne à l’équerre. Pourtant, j’entrevois les limites de mon stratagème à la fin du deuxième round quand, à bout de souffle, je ne parviens plus à soutenir suffisamment l’assaut pour achever mon opposant dans les temps. Ce dernier parvient même à retourner brièvement la situation en me calant un enchaînement de méchants coups de pompes au visage à quelques secondes de la cloche. Il me faut attendre le milieu du troisième round pour qu’une des mes patates dévastatrices atteigne sa cible et l’envoie directement au tapis. Ce premier combat m’ouvre les yeux sur mon évident manque d’endurance et c’est donc fort de cet enseignement que, dès le lendemain, je bosse mon souffle à la corde à sauter. Mes muscles continuent de gagner en puissance à mesure que les jours filent et mes trois combats suivants se soldent tous par des victoires. Mes talents s’affinent et mes succès récents donnent de l’élan à mes ambitions de combattant professionnel

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« Je serai le héros dont cette ville a besoin ! »

Après une dure journée de travail, alors que je passe à l’épicerie d’Apu pour faire le plein de viande rouge, je tombe nez à nez avec un hors-la-loi qui tente de subtiliser la caisse du malheureux commerçant ! Loin d’être effrayé et même plutôt agacé par le roux mulet du braqueur, j’engage le combat. Bien qu’il soit plus agile que je ne le pensais, je parviens finalement à lui faire mordre la poussière. Avoir sauvé notre brave épicier indien, cette terrible agression m’ouvre les yeux sur une seconde vocation. Je serai le héros dont cette ville a besoin ! Pour me remercier Apu me tuyaute sur un job de livreur de pizzas chez Casey, à deux pas de chez moi. Super, ça m’évitera d’avoir à prendre le bus et j’aurai plus de temps pour développer mes dorsaux. Après quelques courses et plusieurs dizaines de dollars dépensés en entrecôtes et en billets d’entrée pour le gymnase de Silver, le patron de la pizzeria me place sur une livraison spéciale au cœur des égouts. Certes, la destination est louche mais la bouffe est payée d’avance. Impossible donc de se défiler. Une fois dans le ventre de la ville, je tombe face à un crocodile masqué adepte du ninjutsu qui entreprend illico de me praliner la tronche. Mince ! Je réplique, un peu déboussolé par sa reptile nature et, à force de lui matraquer la face de toute la puissance de mes bras huilés, je le renvoie dare-dare d’où il est venu. Ce cocasse épisode ayant eu raison de mon énergie vitale, je rentre me coucher lorsque je trouve une bien étrange mallette posée à même le sol de ma maison. Celle-ci semble renfermer une mystérieuse technologie qui me mène sur les lieux d’un crime fraîchement commis où m’attend un loubard à tête de rhinocéros que je boxe sans ménagement. Ainsi nait le Poing de la Nuit, mon alter ego justicier. Celui qui, hors du ring, libérera la ville du crime et apportera l’équilibre par la force !

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« Ma série de victoires allait bien s’arrêter dans la tragédie. »

Les jours passent, les délinquants battent en retraite et ma place dans la ligue amateur touche bientôt le haut du tableau. Après un combat particulièrement retord, un dénommé Roy m’aborde et me propose une bière au bar. Trop Paulie pour refuser, j’accepte l’invitation et cinq verres plus tard, je fais la connaissance de Tyler à l’arrière du tripot. Le jeune homme me parle de son amour pour l’auto-destruction et propose de me mettre à l’épreuve dans un combat de rue, là au milieu des clodos. Très sûr de moi et l’alcool aidant, j’accepte volontiers et gagne mon combat contre un gros sosie porto-ricain de Gérard Jugnot, remportant au passage de quoi remplir un peu le frigo. Impressionné par mes talents, Tyler m’ouvre donc les portes de son club de bagarre que je me promets de fréquenter régulièrement. Après tout, je suis en pleine confiance et je ne risque pas grand-chose à venir faire un billet bonus en libérant ma fureur sur les alcoolos du coin. Malheureusement, ma série de victoires allait bien s’arrêter dans la tragédie…

Le lendemain, alors que je me rends chez Silver pour parfaire ma musculature, un bodybuildeur m’aborde et me parle d’une ligue de combats clandestins. Une activité illégale et dangereuse qui promet pourtant une coquette somme d’argent en cas de victoire. Motivé par la richesse et la curiosité, je me rends rapidement au hangar censé accueillir ce circuit de boxe parallèle. Alors que je négocie parfaitement mon premier combat, j’y connais contre toute attente une lourde défaite contre Jurgen, un colosse scandinave parfaitement muletisé qui me pète un bras dans la bataille. En plus de m’humilier publiquement, cet épisode fâcheux m’empêche de m’entraîner correctement durant quatre longs jours ! C’est donc déconfit que je rentre chez moi pour, en plus, découvrir au comble du désespoir que quelqu’un a kidnappé mon chat et me demande de renoncer à mes activités de justicier nocturne sous peine d’occire le malheureux animal ! Loin de me faire renoncer, cet odieux affront me motive plus que jamais à éliminer le mal de la cité. Je suis le Poing de la Nuit et je suis investi d’une mission sacrée ! La rage au ventre, je me promets donc de remuer ciel et terre pour retrouver mon félin compagnon. Ces malandrins verront ce qu’il en coûte de s’attaquer à Paulie. Mais pour l’heure, je suis exténué et je rejoins mon canapé, le corps endolori et le moral entamé par ma récente défaite. Nous ferons mieux demain.

 

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C’est le moment de lâcher le PC. Mes yeux piquent mais ma gueule de bois a presque entièrement disparu, il est bientôt minuit et j’ai la dalle. Je crois qu’il me reste une trois fromages dans le frigo et y’a Mister Bean à la télé. Je quitte Steam et me promets d’écrire un papier sur Punch Club. Sur Facebook, une série de messages écolos appuyés par des photos de mouettes goudronnées et de tortues paralysées par des sacs plastiques me rappellent que je ne fais pas grand-chose pour sauver la planète. Quelques temps plus tard, je ferme les yeux et je suis de nouveau champion. RoboCop est mon partenaire et Jean-Claude Van Damme mon meilleur ami belge. Rocky me coach et Schwarzy veille sur moi. Blotti dans la rassurante chaleur des années 90, là, au milieu des héros de mon enfance, je suis invincible.

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