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Creed : Le Discours d’un Fan

Chaud de parler d’un film sans glisser du spoiler. Je pourrais bien partir sur un papier brumeux, me concentrer sur les impressions, le contexte, les chiffres, parloter sur les acteurs et le réal’ mais j’ai pas envie. Je veux parler du film et de ce qu’il y a dedans. Donc  si tu veux conserver la surprise intacte lors de ton premier visionnage de Creed : casse-toi cousin !

Creed c’est l’histoire du fils illégitime d’Appolo Creed, le champion du monde que Rocky affronte dans le premier et le deuxième volet. Après ça devient son pote et ils font des sauts en mini short (et mini débardeur… wtf ?!) sur la plage jusqu’à ce que Polo meure sous les coups de burin du méchant russe dans Rocky 4. Bref, genre vingt ans après, Adonis Creed, le fiston caché surgit du Mexique où il étale des moustachus zehef depuis maintenant dix-sept combats. Enfin, il va chercher l’ancien best budd’ de son défunt daron histoire de peaufiner sa frappe. Et ainsi reparaît Rocky Balboa !

…Merde. Je savais qu’il allait finir par se pointer mais là, tout con dans mon siège, au milieu de deux cent têtes de cul qui se remplissent de pop corn caramélisé, la nuque raide et l’œil bovin, j’ai failli chialer. Rocky. Il était là, toujours le même, plus vieux certes mais tout était bien à sa place. La tronche pétée, le chapeau de merde, l’air gentil et demeuré. Immédiatement, j’ai compris qu’on attaquait les choses sérieuses et que le film avait plus le droit à l’erreur. On laisserait plus passer un vautrage sur un sujet aussi sacré que la vie de Rocky Balboa. Et il était sur l’écran pour de bon ! On entrait à nouveau concrètement dans un univers qu’on avait plus ouvert depuis maintenant dix ans.

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Pourtant, je suivais Adonis Creed depuis pratiquement vingt minutes, mais à la seconde même où Stallone s’est pointé, j’en avais plus rien eu à foutre de quoi que ce soit d’autre. Il fallait qu’on me donne des infos très précises sur ce qu’il s’était passé entre temps. Surtout, il fallait que je sache ce qu’était devenu Paulie. La boxe, j’en avais plus rien à foutre et Donnie (c’est le surnom d’Adonis) pouvait bien aller se faire mettre au premier round par le boss de fin. C’était plus mon problème. J’étais venu voir Rocky. Et heureusement, ça le réal’ l’a bien compris et s’est pas chié dessus puisqu’il nous sert au final au moins autant de Balboa que de Creed. Il sait bien que les salles seront remplies à parts égales de jeunes novices venus voir de la bagarre et de vieux de la vieille venus savoir ce qu’est devenu Rocky.

Et bien il est rien devenu du tout. Il a stagné dans sa Philadelphie natale. Toujours zonant dans son resto italien blazé en l’honneur de sa femme qu’on sait morte depuis l’épisode précédent. Il a vieilli comme vieillissent tous les vieux qui n’en finissent pas de vieillir. Il se fait un peu chier quand même. Il gère son petit biz’ et se sent lourdé par le monde qui l’entoure. Pas au fait des technologies, débranché des actus et désormais très loin du ring. Il passe -comme dans le dernier volet- se recueillir sur la tombe d’Adrian… et pose un flash de whisky premier prix au pied d’une autre pierre tombale.

« Paulie Pennino, R.I.P. 1940 – 2012 »

C’est son anniversaire. Je me souviens pas d’avoir complètement chialé mais ma gorge m’a vraiment fait mal à ce moment du film. Paulie, c’était un de mes persos préférés de toute l’histoire du putain de cinéma ! J’ai encaissé, un peu forcé par le fil du film qui m’attendait pas mais, là encore, en écrivant ça, j’ai totalement les boules.

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Mais il faut quand même s’intéresser un peu à Donnie Creed. Laissons lui sa chance. Bon petit gars de prime abord. Bonne gueule. L’air malin. Le genre de type qui veut faire ses preuves et se tirer vite fait de l’ombre colossale d’un père que tout le monde semble avoir connu sauf lui. Il prend donc le nom de sa mère : Johnson, histoire d’avoir la chance de se faire une réputation par lui-même. Pas donner l’impression qu’il surfe sur son patronyme.

Manque de bol et petit cliché scénaristique nécessaire au bon déroulement du récit, on découvrira le pot aux roses après son premier combat officiel (et victorieux) aux USA. Un événement qui précipitera totalement sa carrière puisque, outre la reconnaissance instantanée qui découle du blaze Creed, un combat avec le fiston d’Appolo ça vaut un maximum de pèze. Et voilà comment, Donnie passe du Mexique en division « Pouillasse » au rang de challenger pour le titre de champion du monde des mi-lourds ! Un bon gros taco à gober de but en blanc mais Rocky est là.

Sans surprise et après un petit refus d’usage auquel personne ne croit une seule putain de seconde, Rocky devient l’entraîneur de Donnie. Il le sculpte à l’ancienne, et déjà on voit se dessiner entre les plans la figure d’un nouveau Mickey. Le cycle se répète et ce que Mick a appris à Rocky, Rocky l’apprend à Donnie. On quitte fissa les gymnases propres et bien javellisés pour une salle qui pue la misère et la sueur, en banlieue de Phily, au beau milieu des thugs. Sur ce point, le réal’ reprend les codes du premier en filmant la rue d’un point de vue économique et social mais y cale au passage une sévère mise à jour.

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Cette petite transposition donne par ailleurs lieu à une scène qui m’a complètement fait pitié. Ainsi Donnie cours dans la rue dans scène évidemment symétrique à celle de Rocky 2, lorsque ce dernier est suivi par une meute de gosses, à ceci près que Creed est lui suivi par des wesh qui font des wheel’ à motocross… Mouais. Ça par contre c’est de la méga merde mec. D’autres scènes m’ont bien pété les couilles également. Comme le coup du motivational flashback qui sauve Donnie du K.O. dans le combat final, les montages télé type plan JT mal branlés et complètement aux fraises niveau mise en scène ou encore la voisine méga bonne obligatoire qui vient remplir le quota love à chier de tous les putains de films de sport hollywoodiens… du monde !

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Mais bon, now on connaît la musique. On s’arrête plus à ça et il y a au final fort à parier que les scénaristes eux-même étaient pas hyper chauds mais savaient bien que les studios voudraient à tout prix leur romance daubée, incrustée au marteau-piqueur dans le fond du script. Cela s’arrêtera t-il un jour ? Non. Nous subirons la love forcée pour toujours et à jamais, quand bien même le héros se serait volontairement cramé les couilles au chalumeau dans l’espoir d’éviter ceci :

« La fameuse rupture de quinze minutes qui survient aux trois quart du film à cause d’une erreur de mongole que le héros a commise mais qui est vite pardonnée parce qu’au fond la meuf a jamais rencontré un type aussi merveilleux et s’en rend compte juste avant la fin soit juste à temps pour donner à son gonze le courage nécessaire à l’accomplissement de l’ultime épreuve.»

La brillante idée.

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Cette partie sur Donnie Creed est terminée. Il est prometteur et on comprend bien que c’est lui le nouveau futur champion du monde. Rien de ouf’, c’est ça qu’on a acheté en toute connaissance de cause. Revenons à Rocky.

Car oui, le perso de Rocky évolue pas mal dans cet épisode et donne par là-même lieu à une performance particulièrement classe de Sylvester Stallone. Sans déconner, venez plus me dire que ce type joue mal. Il défonce et a toujours défoncé. Nier son talent après avoir vu Creed revient à s’auto-insulter de petite merde suffisante infoutue d’assumer le fait qu’au fond, tout le monde kiffe Sylvester ! Ici il nous sert un Balboa à bout de souffle littéralement criant de vérité. Un petit vieux malade et fatigué qui goûte sans doute pour la dernière fois de sa vie à une fraction de sa gloire passée au travers de son poulain et neveu adoptif. Il est crédible, bouleversant de bout en bout. Donnez lui son putain d’oscar ! Voir Rocky diminué, à moitié chauve et perfusé, tituber une dernière fois sur le bords du ring, moi ça m’a foutu en l’air.

Et j’oublie pas que c’est Stallone qui a écrit Rocky. J’oublie pas que c’est Stallone qui a joué Rocky. J’oublie pas que c’est Stallone qui a permis Rocky. Ce mec est à la base d’une œuvre monumentale qui transcende les générations à tel point que des gars comme Ryan Coogler, du petit haut de ses 29 ans, ait envie de reprendre le flambeau. J’espère et je sais que Creed donnera envie aux plus jeunes qui ont jamais vu la saga originale d’y jeter un œil et de la trouver excellente. Pour moi c’est plié, y’a pas débat : Rocky Balboa est un des plus grands personnages que le cinéma ait jamais fait naitre.

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