Spectre - 007 à Mexico

Spectre : un fantôme qui vous veut du mal

Commençons par une citation de Casper :

« WoooOOooOoo !! »

Ça fait vraiment froid dans le dos… Mais pas autant que le scénario de Spectre. Oui, vous l’aurez compris, pour ce deuxième billet cinématographique, j’ai décidé de ne pas pavoiser en débutant par une introduction aussi interminable que poussive.  La raison à cela est simple. À peine le plan final des 24e aventures de l’agent 007 avait laissé place aux crédits de fin que j’étais en colère. Furieux contre ces 2 heures 30 de naïveté sans nom, de clichés dignes du milieu du siècle dernier, de personnages stéréotypés, de scènes d’action sans génie, bref, de ratage quasi-complet.

Spectre - Affiche
La calotte de ses morts.

La menace fantôme

Tout avait pourtant bien commencé avec un sublime plan-séquence – j’aime bien les plans-séquences – de près de cinq minutes dans les rues de Mexico en pleine fête des morts. Une entrée en matière somme toute classique, qui s’intègre directement au cahier des charges d’un James Bond mais diablement efficace. Et puis, plus rien ou presque. Comme un nageur ou un coureur de fond se sachant d’avance limité, Spectre a tout donné dans les premiers 100 mètres, dans un vain espoir de creuser un semblant d’écart. Mais l’illusion ne dure qu’un temps.

Là où Skyfall parvenait à se réinventer à mesure qu’il déroulait ses arcs scénaristiques, et à surprendre le spectateur jusqu’à un final écossais qui est resté dans toutes les mémoires, le baroud d’honneur de Daniel Craig est d’une prévisibilité enfantine, qui vous fera rouler des yeux plus d’une fois. Soyons clair, rien ne vous sera ici épargné : la longue, très longue, trop longue course-poursuite carte postale en plein Rome, le Némésis taillé comme une armoire à glace aussi méchant que méchant, le sauvetage de dernière minute face à ce même bad guy alors que la situation semble désespérée, la James Bond girl tapisserie, et même le fameux compte à rebours final. Ne comptez pas plus sur l’intrigue principale, qui prend pour toile de fond l’affaire Snowden, pour remonter le niveau, tant elle sous-utilise son matériau de base, n’ayant qu’à offrir au sujet qu’une vague réflexion au ras des pâquerettes.

Spectre - Christopher Waltz et Léa Seydoux
« Fais pas cette tête, mon personnage aussi il est tout pourri. »

Dernière Waltz

Et que dire des nouveaux personnages de cet opus. Il y a pour commencer Denbigh, le jeune loup aux dents longues – joué par Andrew Scott le génial Moriarty de la série Sherlock – qui est censé être du côté des gentils mais dont on flaire la future trahison à la seconde où il apparaît à l’écran. Vient ensuite Franz Oberhauser, tête pensante de l’organisation Spectre, l’alter-ego diabolique de notre héros, responsable de tous ses maux depuis sa prime enfance. Oui, oui, AB-SO-LU-MENT tous ! Il paraît que c’est même lui qui a remis la briquette de lait vide dans le frigo cette après-midi glaciale et pluvieuse de février où James voulait simplement se préparer un bon chocolat chaud réconfortant. Un personnage si diabolique et au plan si bien huilé que 007 parvient à résumer sa sombre machination en cinq secondes chrono en main. « Cela n’a rien de compliqué, » se permet-il même d’ajouter. C’est bien cela le problème.

À aucun moment Christoph Waltz ne parvient à faire sortir son personnage du cliché du méchant cynique qui adore s’écouter parler, et se contente d’une repompe de son rôle d’Hans Landa dans Inglorious Basterds. En moins bien. Les scénaristes ont bien essayé de lui donner, dans la dernière partie du film, un petit côté Mads « Le Chiffre » Mikkelsen, mais rien n’y fait. La fin de sa cavale, après une ultime scène surréaliste tout droit tirée d’un épisode de La Carte aux Trésors, est à l’image de sa prestation : décevante.

Spectre - Léa Seydoux
Le début de la fin.

Seydoux, ça pique

Mais tout cela n’est rien à côté de celle par qui le malheur arrive, celle dont il me coûte d’écrire le nom, celle dont la crédibilité à Hollywood commence à sérieusement me hérisser les poils : Léa Seydoux. Alors certes, c’est un peu gratuit. Sans doute s’agit-il même d’un caprice de gosse pourri gâté que de s’énerver de voir un personnage qu’on a tant aimé à travers deux films précédents, s’éprendre d’une femme et s’enfuir avec elle – oups, spoiler. Mais je n’y peux rien, entre Léa et moi, c’est personnel. Le ton de sa voix, ses œillades à n’en plus finir, son côté faussement renfrogné n’ont de cesse de me courir sur le haricot.

L’ex petite-ami d’Adèle avait pourtant bien potassé son Petit Eva Green illustré pour jouer à l’écran la femme fatale made in France. Mais n’est pas la fille de Marlène Jobert qui veut. Pour sa défense, le scénario ne vient jamais franchement à sa rescousse, tant la divine idylle – désolé – entre Madeleine Swann et James Bond semble forcée, inéluctable autant qu’incompréhensible. La palme étant décernée à cette scène de roulage de patins dans le train qui sort littéralement de nulle part.

Spectre - Daniel Craig
James met son avion où il veut.

La seule chose qui permet à Spectre de ne pas sombrer dans les abîmes d’un Quantum of Solace est son impeccable réalisation. Au-delà de la scène d’intro sus-citée, Sam Mendes nous gratifie ça et là de quelques plans fort bien troussés et s’en sort à merveille lors des phases d’action, à mille lieux du shaky cam épileptique et vomitif de Marc Forster. Mais même lorsque l’on compte à son palmarès American BeautyJarheadLes Sentiers de la Perdition ou encore Les Noces Rebelles, on ne peut qu’être impuissant face à un tel naufrage.

Daniel Craig rend donc son costume de 007 sur une fausse note taille patron, qu’on ne soupçonnait pas après le triomphe de Skyfall, et qui continuera de vriller mes tympans pour encore un bon moment. Mais après tout, après le brillant The Lobster, ce nouveau long-métrage avec Léa Seydoux ne pouvait décemment pas être bon, histoire de rétablir un semblant d’équilibre dans la force. D’ailleurs, il sort quand déjà Star Wars VII ?

Crédits photos : allocine.fr

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